Je voulais simplement faire des bols
Un mot sur mon parcours et sur la place que la terre y a prise
Je me suis orientée assez tôt vers des études artistiques, que j’ai poursuivies jusqu’au master à l’ERG, une école bruxelloise où la réflexion critique et l’approche conceptuelle sont à la base de l’enseignement.
C’est à la sortie de mes études que j’ai découvert la céramique, avec l’envie de retrouver le contact avec la matière et le plaisir du geste. Je voulais fabriquer des objets du quotidien, des objets qui existent pour eux-mêmes.
Peu à peu, la terre m’a ramenée vers la sculpture et vers des questions qui m’occupaient déjà : le regard, les apparences, ce que l’on croit voir et ce que l’on cherche à faire croire.
Mon attention s’est ensuite portée sur les formes elles-mêmes, sur ce qu’elles peuvent avoir d’élémentaire, sur cette vie qui existe en dehors de ce que nous avons organisé, dessiné, façonné. Une ligne qui se tend, un volume qui prend de l’ampleur, un creux, la place laissée au vide… J’observe ces variations, j’explore ce qu’elles font apparaître et ce qu’un changement de point de vue révèle. C’est à partir de ces observations que mes sculptures prennent forme.
Je cherche à donner aux pièces une densité intérieure, une présence qui laisse deviner une histoire sans jamais la raconter entièrement.
La terre répond, résiste parfois, impose son rythme. L’apprentissage technique m’a apporté un ancrage. Il m’invite à observer avant d’interpréter, à être dans les sensations et ce qui se construit dans l’instant.
Et il m’arrive encore de faire des bols ;-)
Une cuisson et de l'imprévu
Le raku est une technique de cuisson d’origine japonaise, où le feu et la fumée jouent un rôle essentiel.
Les pièces sont retirées du four encore incandescentes, puis déposées dans des fibres végétales sèches qui s’enflamment à leur contact. Le choc thermique favorise l’apparition de craquelures aux tracés imprévisibles dans l’émail, tandis que la fumée vient noircir les fissures et les parties de terre laissées nues.
On découvre les étrangetés, les cicatrices. On ne sait pas trop si on aime, on hésite, on fait connaissance avec sa pièce. Elle nous surprend encore un peu, mais on a déjà envie de la voir chez soi !
J’ai réalisé la cuisson raku de mes dernières pièces avec Bruna.
Bruna a aussi participé à la naissance de l’École Alkali. Elle partageait cette envie de voir les cours se mettre en place à l'atelier de Vieusart et s’est impliquée dès le début.
Elle prendra bientôt une place plus importante dans le projet.
Je vous en parlerai dans une prochaine lettre !
La maison d'Anaïs
Dans mon quartier de la Baraque, à Louvain-la-Neuve, Anaïs façonne sa maison de ses mains. Une « kerterre », dont les parois se construisent sans ossature, avec de longues fibres de chanvre imprégnées d’une pâte de chaux.
Je suis venue lui donner un coup de main. Le geste m’a rappelé celui du colombin, une technique que j’utilise pour mes sculptures. Les colombins sont des rouleaux d’argile que l’on superpose et assemble pour construire les parois d’une pièce.
Ici aussi, le volume prend forme peu à peu. On ajoute de la matière, on attend que les parois se raffermissent, puis on reprend.
Chez Anaïs, j’ai vu la patience et la liberté qu’il faut pour construire à sa manière.